RDC, 2025: LA NOUVELLE «GUERRE MONDIALE AFRICAINE» QUI OCCULTE LA NOUVELLE «GUERRE DU COBALT» ?

GOMA, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO – Dans l’est du Congo, là où les montagnes verdoyantes du Kivu cachent l’or, le coltan et les fosses communes, une guerre hybride se joue. Une guerre où s’entrechoquent armées étrangères, milices, mercenaires et multinationales. Une guerre si complexe, si internationale, qu’elle rappelle sinistrement la « Première Guerre mondiale africaine » des années 1998-2003, qui avait impliqué neuf pays et fait des millions de morts. Vingt ans plus tard, le scénario se répète-t-il ?

Acte I : Les nouveaux belligérants, miroir du passé

En 2025, comme dans les années 2000, la RDC est un champ de bataille continental. Les acteurs ont changé de nom, mais leurs motivations restent les mêmes : minerais, pouvoir et survie.

La SADC, nouvelle « coalition de Kabila » :

En 1998, le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie sauvaient Kinshasa. En 2025, c’est la SADC (Afrique du Sud, Tanzanie, Malawi) qui tente de jouer les gendarmes. Mais comme hier, les soldats sud-africains, déployés contre le M23, peinent à contenir la rébellion. « C’est le remake de 2013, quand la MONUSCO laissait Goma tomber », grince un officier congolais sous couvert d’anonymat.

Rwanda-Ouganda : La rivalité éternelle

En 1998, Kigali et Kampala se partageaient le Congo. En 2025, le Rwanda, accusé de soutenir le M23, et l’Ouganda, présent officiellement contre les ADF, reproduisent leur guerre de l’ombre. « Ils sont là pour les minerais, pas pour la paix», accuse un activiste de Bunia.

Les mercenaires, héritiers de l’ère Mobutu

Hier les Serbes, aujourd’hui Wagner (ou ce qu’il en reste) et les Roumains : les « soldats de l’ombre » russes et roumains forment l’armée congolaise, protègent des mines, et renvoient à l’époque des Affreux européens des années 1960.

Acte II : Le même poison, les mêmes plaies

Comme dans les années 2000, le « mal congolais » résiste aux interventions.

Le piège humanitaire :

7 millions de déplacés, des violences sexuelles systémiques, des enfants soldats… Les chiffres de 2025 rivalisent avec ceux de la décennie 2000. « On dirait que le temps s’est arrêté », murmure une infirmière de Rutshuru, où les blessés affluent comme il y a vingt ans.

La malédiction des minerais

L’or, le cobalt et le coltan financent toujours les conflits. En 2025, les rapports de l’ONU pointent encore des armées étrangères – burundaises, ougandaises –impliquées dans le trafic. « C’est le pacte du diable : les minerais paient les armes, les armes protègent les mines », résume un négociant minier à Bukavu.

Acte III : La communauté internationale, spectatrice impuissante

En 2003, l’ONU déployait sa plus grande mission. En 2025, la MONUSCO plie bagage, discréditée, laissant un vide comblé par des forces régionales tout aussi contestées.

Le retrait de l’ONU : Fin d’une époque

« Ils sont restés 25 ans pour rien », lance un jeune Congolais devant le quartier général déserté de la MONUSCO à Goma. Les Casques bleus ont laissé derrière eux une région plus instable qu’à leur arrivée.

La SADC, dernier espoir fragile

L’Afrique du Sud mise sur des hélicoptères Rooivalk et des drones pour « pacifier » le Nord-Kivu. Mais comme les forces de l’EAC en 2023, les soldats de la SADC sont perçus comme des occupants, pas des libérateurs, par les populations locales.

Épilogue : 1998-2025, l’histoire en boucle

La « Première Guerre mondiale africaine » n’a jamais vraiment pris fin. Elle a juste changé de visage.

Mêmes causes, mêmes effets :

les racines du conflit – faiblesse de l’État congolais, appétits étrangers, ressources convoitées – n’ont pas disparu. « C’est un cancer qui métastase », analyse un diplomate européen.

La jeunesse congolaise, otage de l’histoire :

60 % de la population a moins de 25 ans. Nés pendant la guerre, ils n’ont connu que la guerre. « Nos parents ont cru à la paix en 2003. Nous, on n’y croit plus », lâche un étudiant de Beni.

La question qui tue : Et si la « Première Guerre mondiale africaine » n’était qu’un acte unique, toujours en cours, dont personne ne voit la fin ?

Dans l’est du Congo, les années passent, les acteurs et les forces étrangères tournoient, et les civiles meurent. Comme un mauvais film qu’on nous repasserait en boucle.

Wagner en RDC: dans l’ombre de l’or et des kalachnikovs

La nuit tombe sur les collines du Sud-Kivu. Dans la mine d’or de Kamituga, des hommes armés, visages dissimulés sous des passe-montagnes, patrouillent autour des puits. Ils ne parlent pas le swahili, ne portent aucun insigne, mais leurs armes, leurs drones et leur discipline trahissent leur origine : ce sont les héritiers de Wagner, ces mercenaires russes qui, en 2025, hantent toujours l’est congolais. Officiellement, ils n’existent pas. Sur le terrain, ils sont partout.

Acte I : Les « fantômes » de Prigojine

Depuis la mort d’Evgueni Prigojine, fondateur de Wagner, en 2023, le groupe a troqué son nom pour survivre. Rebadgé « Corps expéditionnaire pour la sécurité africaine » (CESA), il agit désormais sous le giron direct du Kremlin. Leur mission en RDC ? Protéger les mines de cobalt et d’or, former les soldats congolais, et traquer les rebelles… à condition qu’ils menacent les intérêts russes.

« Ils arrivent de nuit, en hélico, avec des armes qu’on ne voit jamais ici. Ils nettoient une zone, sécurisent un site minier, puis disparaissent », raconte un ancien creuseur de Bisie, dans le Nord-Kivu, aujourd’hui réfugié à Goma.

Acte II : Le pacte secret Tshisekedi-Poutine

À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi joue un double jeu. Officiellement allié à l’Occident, il ouvre discrètement les portes du « scandale géologique » congolais à Moscou. En échange de mercenaires « consultants », des sociétés russes comme M-Prima ont obtenu des permis sur des sites clés.

« Les Russes ne demandent pas de comptes sur les droits de l’homme. Ils sont là pour les minerais, pas pour la morale », lâche un conseiller du ministère congolais des Mines, sous anonymat.

Un accord tacite, mais risqué : en février 2025, un rapport de l’ONU confirme que des « instructeurs russophones » équipés de blindés légers opèrent près de Bunia. Preuves à l’appui, photos satellites à l’appui. Moscou et Kinshasa démentent, mais les faits sont têtus.

Acte III : « Sécuriser » les mines, étouffer les voix

À Kamituga, la violence est monnaie courante. Les mercenaires russes, mandatés pour « protéger » une mine détenue par une filiale de Lobaye Invest (ex-Wagner), tirent à vue sur les creuseurs artisanaux. « Ils appellent ça du maintien de l’ordre. Nous, on appelle ça une terreur économique », accuse un défenseur des droits congolais, menacé de mort.

Dans l’Ituri, des ONG documentent des exécutions sommaires. Les victimes ? Des villageois accusés de collaborer avec les ADF, un groupe rebelle. Les bourreaux ? Des hommes « blancs ou arabes, qui parlent russe entre eux », selon un témoin exfiltré par Médecins sans frontières.

Acte IV : Pourquoi Moscou mise sur le chaos congolais

La stratégie du Kremlin est limpide :

Contrôler les minerais critiques : Cobalt (70 % des réserves mondiales), or, coltan… Des ressources vitales pour les technologies vertes et militaires.

Saper l’influence occidentale : en RDC, la France et les États-Unis ont perdu du terrain. Wagner comble le vide.

Menacer le Rwanda : en soutenant Kinshasa, Moscou envoie un message à Kigali, allié traditionnel de l’Occident.

« Le Congo est le nouvel échiquier de la guerre froide africaine », analyse un diplomate européen basé à Nairobi.

Épilogue : « Personne ne nous entendra crier »

Dans les villages du Kivu, la colère monte. « Wagner est pire que les rebelles. Eux, au moins, volent et s’en vont. Les Russes volent et s’installent », maudit une femme de Masisi, dont le fils a été tué près d’une mine « sécurisée ».

À Moscou, le Kremlin clame son innocence. À Washington, on sanctionne des sociétés écrans… sans grand effet. Et pendant ce temps, dans l’est congolais, les mercenaires fantômes de Wagner creusent, toujours plus profond, dans le ventre du continent.

La question qui brûle : et si la vraie guerre du cobalt n’avait même pas encore commencé, camouflée par une énième « guerre mondiale africaine » ?

Résistant Congolais

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