
29 janv. 2025
Mme Wagner amène la « rue » des miliciens et pilleurs de Kinshasa au Conseil de Sécurité.
La RDC au cœur d’une crise multidimensionnelle: entre avertissements à l’ONU et soupçons d’instabilité orchestrée
Le 28 janvier 2025, la ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Mme Wagner, a interpellé le Conseil de Sécurité de l’ONU dans un discours aussi alarmant que calculé, en affirmant que « la rue va s’en charger » si le Conseil de Sécurité n’allait pas réagir activement dans la crise congolaise.
Face à l’avancée des rebelles du M23 – soutenus, selon Kinshasa, par le Rwanda – dans l’Est du pays, elle a brandi la menace d’un « désordre populaire incontrôlable » si la communauté internationale persistait dans son inaction.
Cette déclaration, qui exploite la symbolique de la « rue » congolaise comme ultime recours, révèle autant la frustration d’un État fragilisé que les calculs politiques d’un régime sous pression.
Mme Wagner a pointé du doigt l’échec des mécanismes onusiens, notamment la MONUSCO, dont les résultats mitigés peinent à enrayer la crise sécuritaire. En évoquant un scénario où la population, lassée, pourrait prendre les armes – à l’image des milices d’autodéfense locales –, elle a subtilement mêlé avertissement et critique. D’un côté, un appel à l’aide pour éviter un chaos humanitaire; de l’autre, l’aveu implicite d’un État en déliquescence, incapable d’assurer son monopole de violence légitime.
Cette rhétorique sert aussi à détourner les critiques internes contre le président Félix Tshisekedi, régulièrement accusé d’inefficacité dans la lutte contre l’insécurité et la corruption. En invoquant l’histoire coloniale et l’exploitation étrangère des ressources, le régime tente de se draper dans un narratif anticolonial, tout en dramatisant les conséquences de l’inaction pour capter la sympathie médiatique.
Mais cette stratégie se heurte à une réalité plus sombre:
moins de 24 heures avant le discours de Mme Wagner, des attaques ciblant des ambassades à Kinshasa – notamment celles de la France, de la Belgique, des États-Unis et du Rwanda – ont jeté une lumière crue sur les tensions internes. A ces attaques se sont ajoutés des pillages de supermarché et de résidences privées, en plus à des attaques xénophobes et racistes.
Selon une note diplomatique divulguée par le journaliste Adrien Seyes, ces violences ne seraient pas spontanées. Elles auraient été orchestrées par les « Forces du Progrès », une milice affiliée à l’UDPS, le parti au pouvoir, qui aurait recruté des kulunas (jeunes délinquants) pour simuler une colère populaire. Si ces allégations s’avèrent fondées, elles suggèrent une instrumentalisation risquée : en créant un climat de crise, le régime chercherait à forcer une intervention internationale contre le Rwanda ou à masquer ses propres failles, des fraudes électorales de 2023 à l’incapacité de protéger l’Est.
Cette hypothèse, cependant, n’est pas sans contradictions. Attaquer des ambassades, acte grave contre le droit international, isolerait diplomatiquement la RDC et fragiliserait Tshisekedi.
Quoi qu’il en soit, ces événements illustrent l’extrême fragilité d’un État miné par les conflits, la corruption et la déliquescence institutionnelle.
La perte de contrôle de l’Est, où le M23 étend son emprise, symbolise un pays au bord de l’effondrement.
Le régime de Tshisekedi se retrouve ainsi pris en tenaille. D’un côté, il tente de se poser en victime légitime de l’agression rwandaise pour obtenir un soutien international; de l’autre, il est accusé d’alimenter le chaos pour survivre politiquement. Les attaques de Kinshasa, qu’elles soient manipulées ou spontanées, reflètent cette dualité. Elles questionnent la capacité de la RDC à incarner un « État de droit » respecté, alors que les frontières entre souveraineté, désespoir populaire et calculs géopolitiques semblent s’effacer.
Dans ce contexte, la communauté internationale est contrainte à une marche étroite.
Soutenir Kinshasa sans cautionner ses dérives potentielles, presser le Rwanda de cesser son ingérence présumée, et éviter qu’un pays stratégique – riche en minerais critiques – ne sombre dans le chaos.
La déclaration intempestive de Mme Wagner, mi-avertissement mi-aveu, rappelle une évidence :
en RDC, les crises ne sont jamais simples. Elles mêlent héritages coloniaux, convoitises économiques et jeux d’acteurs politiques locaux, dans un cocktail explosif où la vérité est souvent la première victime, même si le risque d’effondrement de l’ état congolais se fait de plus en plus tangible et précipité.
La « rue » congolaise, plus probablement instrumentalisée qu’autonome, reste un acteur imprévisible.
L’hypothèse d’attaques xénophobes orchestrées par le régime, si avérée, marquerait un tournant dangereux dans les relations du régime Tshisekedi et la Communauté Internationale.
Voilà pourquoi le choix de Mme Wagner d’inviter la « rue » au Conseil de Sécurité est plus un signe d’extrême faiblesse qu’un vrai appel au droit international.
Résistant Congolais