
Goma, 30 janvier 2025 — La prise de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, par les rebelles du M23/AFC, a propulsé Corneille Nanga, porte-parole du mouvement, sous les projecteurs ce jeudi. Dans une conférence de presse tenue au cœur de la ville stratégique, frontalière du Rwanda, le groupe a déployé une rhétorique mêlant légitimation politique, promesses de stabilité et dénonciations virulentes. Retour sur un discours qui tente de réécrire l’histoire d’une rébellion controversée.
Le M23, « libérateur » ou « prédateur » ?
Sous les caméras, Corneille Nanga a peaufiné le récit d’un mouvement « contraint à l’action » face à un État congolais défaillant. « Nous protégeons nos populations abandonnées par Kinshasa », a-t-il martelé, évoquant des années d’« exactions » des FARDC et de collusion avec des groupes armés comme les FDLR. Un discours calibré pour séduire les habitants épuisés par des décennies de conflits, mais qui peine à masquer les cicatrices laissées par le M23, accusé de crimes dès 2012.
La critique du gouvernement central a fusé : corruption, marginalisation de l’Est, et « trahison des valeurs congolaises ». En filigrane, une revendication claire : le M23 exige désormais une place à la table des négociations, voire une autonomie régionale. « Le Nord-Kivu mérite des dirigeants qui l’écoutent », a lancé Nanga, sans préciser si le groupe accepterait un retrait militaire.
Une communication en équilibre entre menaces et promesses
Le ton a oscillé entre apaisement et avertissements. D’un côté, des engagements à « restaurer la paix » et à « reconstruire les infrastructures ». De l’autre, des piques à l’égard de la MONUSCO, la mission de l’ONU, jugée « complice de l’inaction de Kinshasa », et des appels voilés à la communauté internationale à « reconnaître la réalité sur le terrain ».
Le Rwanda, accusé depuis des années de soutenir le M23, n’a été mentionné qu’à demi-mot. « Nous collaborons avec des partenaires régionaux soucieux de stabilité », a éludé Nanga, évitant soigneusement de nommer Kigali. Une stratégie qui risque de nourrir les tensions diplomatiques, alors que la RDC accuse déjà son voisin d’ingérence.
Urgence humanitaire et risques d’escalade
Derrière les déclarations triomphales, la prise de Goma fait planer le spectre d’une catastrophe. La ville, déjà fragilisée par le volcan Nyiragongo et les déstabilisations récurrentes, voit affluer des milliers de déplacés. Si le M23 promet un « accès humanitaire libre », les ONG restent sceptiques, se souvenant des restrictions imposées par le groupe en 2012.
Sur le plan militaire, la présence du M23 pourrait attiser les rivalités avec les milices Maï-Maï et les FDLR, traditionnellement hostiles aux rebelles. « Goma est une bombe à retardement », avertit un analyste sous couvert d’anonymat. « Le gouvernement ne restera pas les bras croisés : une contre-offensive est inévitable ».
La communauté internationale dans l’impasse
À l’étranger, les réactions se cherchent. La CIRGL et l’Union africaine ont condamné la prise de la ville, mais peinent à proposer une médiation crédible. Les divisions au Conseil de sécurité de l’ONU, où certains membres permanents minimisent le rôle du Rwanda, compliquent toute réponse unifiée.
Pendant ce temps, Kinshasa mise sur la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), qui a déjà déployé des troupes en 2023, pour reprendre la ville. Mais le scénario d’un enlisement, comme lors de l’offensive de 2013, hante les esprits.
Conclusion : Un pari risqué pour le M23
En s’emparant de Goma, le M23 a remporté une victoire symbolique. Mais son discours, aussi rodé soit-il, ne suffira pas à gommer son image de groupe armé soutenu par l’étranger. La balle est désormais dans le camp de Kinshasa et de la communauté internationale: négocier sous la menace des armes ou risquer un bain de sang.
Dans les rues de Goma, la population retient son souffle.
« Ils promettent la paix, mais nous avons déjà vu ce film », murmure un habitant. La suite dépendra de la capacité du M23/AFC à transformer les mots en actes, ou à révéler, une fois de plus, son vrai visage.
Résistant congolais